[Transcaucasie] – Dans le massif des Geghama, chez les bergers yézidis

Du 16 au 18 juillet 2018

Où l’on découvre le massif des Géghama, où l’on va à la rencontre des bergers semi-nomades de la minorité yézidi, où l’on gravit le troisième point culminant de l’Arménie, l’Ajdahak. 

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Adélie, notre acrobate devant l’Ajdahak

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Bivouac au lac Akna

Nous quittons les villes pour une immersion dans le massif des Géghama, qui domine Yérévan. Un massif composé de volcans et d’alpages à une altitude moyenne de 3000 m. Mais pour y accéder, 2000 m de dénivelées séparent le plateau de la capitale, dont 1000 m de dénivelées (à partir du village de Sevaberd) sur une piste difficilement roulable en cyclo familial : elle traverse en effet de nombreuses anciennes coulées volcaniques, et le 4×4 que nous choisissons judicieusement d’emprunter, peine parfois à les franchir… En effet, la raideur de la piste, combinée au revêtement fuyant des scories rend la progression difficile. Ce soir nous nous arrêtons à l’Akna lich. Nous montons la tente sous la pluie, puis le  beau temps revient, ce qui nous permet de gravir le volcan voisin. Le soir un énorme orage de grêle éclate sur le massif. A l’intérieur de notre tente, simple abri de toile, nous ressentons pourtant comme souvent de ces cas-là, une sensation d’invulnérabilité contre les éléments, dans notre refuge providentiel !

Le lendemain, une petite étape de mise en jambes, à travers des pistes d’alpages, nous mène au pied du volcan Ajdahak, second point culminant du pays (à 3600 m), après le volcan Aragats à 4095 m (à ne pas confondre avec l’Ararat, à 5165 m, situé à la frontière chez le voisin turc).

Durant cette étape, un épais brouillard nous enveloppe par intermittence. Nous nous guidons au son des chiens de bergers, véritables cornes de brumes au cœur des alpages. Dans un premier temps on les entend, puis le son se rapproche dangereusement et on les voit soudainement débouler, tous crocs dehors, tandis que les tentes de campement émergent de la brume en arrière-plan. Ils sont imposants ces Bergers du Caucase, sorte de patous locaux, au poil gris et à la tête massive, race très ancienne qui protègent depuis toujours les troupeaux des loups et des ours, nombreux dans les parages. Mais comme chez nous les patous, ils sont très intelligents, et ont pour vocation de protéger les animaux avec lesquels ils vivent depuis leur naissance. Donc si on ne traverse pas leurs troupeaux, si on stoppe net quand ils nous intiment l’ordre de nous arrêter, tout se passe bien ! Et puis dans tous les cas, les bergers sont toujours dans les parages et rappellent immédiatement leurs chiens. Les campements sont très proches les uns des  autres, les rencontres avec les bergers sont donc incontournables, car après avoir rappelé leurs chiens, ils viennent immanquablement nous saluer. Malgré notre incapacité à communiquer avec eux, ils sont en général fiers de nous dire qu’ils sont Yézidis, et nous invitent à prendre un café arménien sous la tente. On aura même une question sur le foot : alors qu’ils nous demandent qui a remporté la coupe du monde, Titouan est fier de pouvoir répondre ! L’info n’était pas encore parvenue dans les alpages trois jours après  la finale.

Avant de partir, nous avions recherché des informations sur cette minorité yézidi, qu’il est difficile de bien cerner. Minorité relativement bien intégrée en Arménie, le peuple yézidi a été très médiatisé en 2014 à la suite des exactions subit de la part de l’Etat Islamique en Irak (massacre des hommes, enlèvements systématiques des femmes réduites à l’état d’esclaves sexuelles). Les Yézidis sont kurdophones, on ne sait pas vraiment combien ils sont, peut-être 800 000, éparpillés entre plusieurs pays, souvent rejetés par les gouvernements en place, et donc non recensés. En Arménie ils sont semi-nomades pour la plupart d’entre eux, vivant du pastoralisme en été dans les alpages, et passant l’hiver dans les derniers villages d’altitude. Ils ont la particularité de pratiquer un culte ancestral, le yézidisme, ou Culte des Sept Anges, ancienne religion kurde, antérieure au zoroastrisme d’Iran. C’est pour cette religion, dans laquelle Chrétiens et Musulmans ont également puisé, qu’ils sont persécutés, se dénommant eux-mêmes « le peuple aux 74 génocides », le dernier en date étant celui de 2014 en Irak, reconnu par l’Arménie…

Le lendemain, nous laissons notre campement, cernés par les troupeaux qui vont et viennent sur le plateau. Nous gagnons le sommet de l’Ajdahak, et son lac de cratère sommital. « Ajdahak » signifie « homme-dragon » dans la mythologie arménienne, mais nous ne verrons pas de dragons au sommet, seulement quelques hommes-bergers !

Après cette belle ascension, la descente sur la vallée de l’Azat se fait par une piste rugueuse, les températures montent en flèche.

Nous atteignons en fin de journée les sites du temple grec de Garni (unique modèle du genre dans l’ex-URSS) et du superbe monastère de Gueghart, objets de nos futures visites…

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