[Transcaucasie] – Autour du lac Sevan

Du 24 au 27 juillet 2018

Où nous longeons le lac Sevan par sa rive ouest, ce « morceau de ciel qui serait tombé sur terre parmi les montagnes. » (Maxime Gorki).

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Bivouac près du lac Sevan

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Monastère de Hayravank, sur la rive ouest

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Bus dans Sevan, avec la réserve de bonbonnes de gaz sur le toit

24/07/2018 – Du pied du Selim Pass à la chapelle Artsvatrich au bord du lac Sevan – 60 km – D+ = 820 m

Après le passage du Selim pass, la journée se poursuit dans la région du lac Sevan. Dans la descente, le lac turquoise apparait en toile de fond.

 

Quelques Berces du Caucase bordent la route, l’occasion de rappeler à chacun qu’il ne faut pas toucher la sève, fortement phototoxique et provoquant des brûlures :

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Berces du Caucase

Au village de Martouni, nous cherchons à manger quelque chose, tout le monde étant affamé. Mais difficile de trouver rapidement un restaurant et nous avons du mal à nous faire comprendre des passants interrogés. Nous atterrissons finalement dans une bâtisse qui indique « Restaurant » sur une enseigne, et dont la façade est plutôt accueillante. Mais une fois à l’intérieur, rien à voir avec le concept de restauration que nous connaissons ! Nous traversons un long couloir qui dessert des petites pièces, et on nous conduit dans l’une d’elle, composée d’une grande table et d’une desserte. Il s’agit en fait de petites salles de restaurants privatisées. La porte se referme sur nous, et nous entendons les voix de nos voisins de « cellule » à travers la cloison. Plutôt déroutant comme concept. Mais cela n’entame pas notre appétit pour les truites grillées du lac Sevan, qu’on nous amène ensuite !

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En fin de journée, difficile de trouver un endroit pour dormir près du lac, pour trois raisons :

  1. la première tient au fait que les bords du lac sont boisés ou marécageux, et surtout les accès peu nombreux ;
  2. ensuite, les plages de galets sont extrêmement sales : plastiques, poubelles en tout genre rejetées par les eaux…
  3. enfin, et c’est la raison qui nous fera déguerpir, les abords immédiats du lac sont infestés de moustiques !

 

Pour nous ce soir, la devise du lac Sevan est toute trouvée : « Beau de loin, mais loin d’être beau !« .

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Bivouac sur la rive ouest du lac Sevan, à la chapelle Artsvatrich

Bref, après plusieurs kilomètres de détours infructueux, nous comprenons vite qu’il ne sert à rien de vouloir s’en approcher, et nous avisons un superbe site en contrebas de la petite chapelle Artsvatrich, qui domine le lac, suffisamment loin pour échapper aux moustiques et aux déchets, et suffisamment près pour admirer ses eaux turquoises !

 

 

25/07/2018 – De la chapelle Artsvatrich à une plage de la pinède – 38 km – D+ = 150 m

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Nous reprenons la route, toujours en quête d’une belle plage pour y passer une journée tranquille.

Ici, les marchands de truites et corégones lavaret en bord de route, ont remplacé ceux de fruits et légumes présents de l’autre côté du col.

 

La truite du lac Sevan dite « ischkhan » (le Prince, en arménien) est réputée comme une espèce ancienne à la chair délicate, mais sa raréfaction a entrainé une réglementation de pêche plus stricte. Au Kirghizstan, elle fut d’ailleurs réintroduite, dans les années 1960, dans le lac Issyk Kul (où nous étions en 2013), mais cette réintroduction mal étudiée provoqua un déséquilibre piscicole majeur, et la diminution, voire l’extinction, des espèces endémiques…

Mais concernant le chapitre des catastrophes écologiques, le lac Sevan est un miraculé, encore en sursis, héritier direct des politiques soviétiques d’exploitation intensive des ressources naturelles, au service de la sacro-sainte productivité : en 1910, un ingénieur soviétique fort inspiré (le même qui provoqua la catastrophe de la mer d’Aral !), décrète que l’eau du lac Sevan ne « sert à rien » (il parle même de « gaspillage » en la laisser naturellement en place !). Il propose de baisser le niveau de ce « lac qui ne sert à rien » de 45 m, pour les besoins de l’irrigation et de la production électrique. Staline reprend l’idée, mais avec un abaissement encore plus important, de 55 m. Oui, il n’a jamais fait les choses à moitié ! En 1949 les travaux sont terminés et les eaux baissent régulièrement d’1 m/an. Dans les années soixante, les poissons commencent à disparaître, les cultures des terres libérées par les eaux ne prennent pas, l’irrigation en aval n’est pas optimale et Staline ayant disparu, le projet est arrêté. Bien que la centrale hydroélectrique soit stoppée, le niveau continue toujours à baisser, atteignant 20 m sous sa cote historique. L’équilibre du lac ayant été rompu, les apports ne sont plus suffisant par rapport à l’évaporation. Alors deux détournements successifs des eaux d’autres bassins versants sont effectués, en  1981 et en 2003, afin de transférer, par conduites, des rivières entières vers le lac, dans le but de « sauver » son écosystème. Depuis 2006, le niveau remonte, doucement. Mais pendant toutes ces années, des milliers de constructions, de routes, ont gagné l’espace libéré par les eaux, rendant illusoire le rehaussement du niveau d’eau à sa cote historique ! En attendant, le lac continue de s’envaser et de s’eutrophiser, les réserves piscicoles diminuent…

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Les aménagements du lac Sevan, ou quand les hommes jouent aux apprentis-sorciers avec la nature (source : Nature alerte – Lac Sévan une catastrophe annoncée depuis des décennies)

La circulation routière est dense au bord du lac, et les véhicules lancés à pleine vitesse requièrent toute notre concentration. Pourtant, nous trouvons que globalement les automobilistes sont assez respectueux des vélos en Arménie, contrairement aux témoignages que nous avions pu lire. Et comme en Amérique du Sud, c’est un concert de klaxons ininterrompus qui nous accompagnent toute la journée, lorsque les véhicules nous dépassent : la plupart du temps c’est pour nous féliciter, nous encourager, parfois c’est aussi simplement pour nous prévenir qu’ils nous doublent.

En fin de matinée nous arrivons à Noradouz. Le cimetière de ce petit village regroupe la plus grande concentration de khatchkars de toute l’Arménie. Des panneaux explicatifs indiquent que l’Azerbaïdjan a détruit en 2016 tous les khatchkars d’un autre cimetière proche de la frontière, et que Noradouz est maintenant le seul cimetière témoin de ces anciennes cultures chrétiennes. Ainsi, même sur les sites touristiques, on ne manque pas de nous rappeler les méfaits du voisin azéri, entretenant les ressentiments des populations, une bombe à retardement, pour laquelle aucune diplomatie n’est venue à bout…

Les tombes remontent aux 9ème et 10ème siècles pour les plus anciennes, et représentent des scènes de vie caractéristiques de la personne enterrée, parmi lesquelles son métier :

 

A midi, alors que nous demandons à une échoppe en face du cimetière, où nous pouvons manger, on nous répond : « Eh bien ici ! », « Ici ? », « Oui oui ! ». En quelques minutes une table est servie dans une petite salle et ce qu’on nous apporte est excellent : salades, feuilles de vignes farcies, fromage frais, un REGAL !

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Nous poursuivons notre cheminement le long du lac en visitant au passage le monastère de Hayravank. Encore une fois, il est admirablement bien positionné : il n’y a pas à dire, mais de l’Himalaya au Caucase, les demeures de tous les Dieux qui peuplent notre planète ont systématiquement été implantées dans de chouettes coins !!!

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Cheval blanc devant le monastère de Hayravank

 

Au bout d’une quarantaine de kilomètres, nous découvrons une pinède qui ressemble à un coin de bivouac dont nous avait parlé le couple de cyclos Aude et Arthur. La plage est agréable, pas trop sale, et les moustiques se font assez discrets.

 

La baignade n’est pourtant pas des plus agréables : l’eau est très chargée de limons, laiteuse, rendant son aspect surréaliste, et on ne distingue pas le fond.

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Coucher de soleil sur la pinède

Le soir, après un agréable petit feu, nous avons la surprise de voir sortir des dizaines et des dizaines de grenouilles (ou crapauds, on n’est pas des spécialistes). Ça saute dans tous les sens, ça rentre dans l’avancée de la tente, et ça nous pose un problème majeur : en effet, dans notre tente, pour pouvoir tenir à 5, nous avons une organisation particulière : 3 personnes dorment dans l’abside, et 2 dans l’avancée. Or l’avancée n’est pas hermétiquement fermée au niveau du sol, et l’idée d’avoir des grenouilles qui gambadent sur le corps en pleine nuit n’emballe personne. Résultat, aucun volontaire ce soir pour dormir dans l’avancé ! Nous nous « casons » tous dans la partie centrale, et c’est serré, mais on rigole bien !

 

 

26/07/2018 – De la pinède à la presqu’île de Sevanavank – 25 km – D+ = 150 m

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« Ma cabane au Canada en Arménie » ou l’invention du concept de glamping par les Soviétiques !

Aujourd’hui nous allons comprendre que le vélo n’est pas un moyen de transport qui a été intégré aux plans d’urbanisme de la ville de Sevan.

 

Plus nous nous rapprochons de l’agglomération, plus la circulation devient dense, et les bas côtés se réduisent comme peau de chagrin. Bientôt notre route débouche sur une 4 voies qui contourne la ville par le bord du lac. Afin de l’éviter, débute pour nous un long détour qui passe par le centre-ville, puis remonte sur les coteaux par des petites routes très raides.

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Presqu’île de Sevan vue de nos petits chemins de traverse dans les hauteurs, pour éviter la 4 voies en bas…

Ne sachant pas où dormir, on essaie de viser la presqu’île de Sevan. Mais traverser la 4 voies et la voie ferrée, va s’avérer un parcours du combattant, et nous prendre un long moment. Bien fatigués, nous trouvons finalement un passage souterrain sous la voie ferrée, et nous décidons de franchir à pied la 4 voies…

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Passage délicat de la 4 voies, après la sortie du passage souterrain de la voie ferrée.

Nous arrivons sur la presqu’île : musique à fond, vacanciers dans tous les sens, odeurs de grillades mélangées aux huiles solaires, ça nous change ! Nous finissons à l’hôtel, car planter la tente ici parait compliqué. Et puis, on a besoin d’une bonne douche et de faire un brin de lessive depuis tout ce temps !

Le soir, nos voisins de chambre, de jeunes étudiants de Yerevan venus passer le WE à Sevan, nous invitent à boire du « champagne » avec eux (en réalité une affreuse piquette à bulles 😉 mais c’est l’intention qui compte, hein !) sur fond de chansons francophones (Edith Piaf, Charles Aznavour, Lara Fabian) mises à fond sur leurs smartphones. Ils sont hyper sympas et très curieux de notre voyage à vélo. Ils nous préviennent gentiment qu’ils vont faire la fête ce soir, et espèrent ne pas trop nous déranger. En effet, au bout d’à peine une heure ils sont complètement bourrés et nous ne fermerons pas l’œil de la nuit… Mais au matin, la tête enfarinée, ils s’excusent immédiatement pour le tapage nocturne ! Ah… il faut que jeunesse se passe…

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Un p’tit verre avec nos jeunes voisins étudiants, en WE au bord du lac Sevan

27/07/2018 – Jour de repos à Sevanavank

Pour ce jour de repos, nous restons à l’hotel Ashod Ergad, qui possède de grandes chambres, des sanitaires délabrés, mais un super p’tit déj et une terrasse pour stocker nos vélos.

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Jour de lessive à Sevan !

Notre hôtel a la particularité de se situer au pied de l’escalier qui monte au monastère de Sevanavank, et nous voyons défiler dès le matin un cortège ininterrompu d’arméniens qui montent sur la colline. Cette colline était auparavant une île. Depuis l’abaissement du niveau du lac, elle est devenue une presqu’île, et ce site isolé et spirituel s’est doucement transformé en un lieu branché pour faire la fête. Mais les arméniens arrivent à concilier spiritualité et vie nocturne imbibée : en effet, chacun monte au monastère comme en pèlerinage, mettre une petite bougie dans les édifices. La bougie dans les églises est une institution en Arménie ! Plus qu’un symbole religieux, c’est une affirmation de tout un peuple qui lutte pour rester uni et en vie.

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Les églises du monastère de Sevanavank

 

A la demande des enfants, nous allons passer une partie de la journée dans un centre aquatique que nous avons aperçu en vélo lors de notre arrivé. Il se situe un peu avant la presqu’île, ses toboggans géants se distinguant de loin !

L’eau du lac étant si peu engageante, qu’on préfère encore le chlore, au moins on voit où on pose les pieds !

 

Après cette belle journée, nous reprendrons la route pour Dilijan, avant de remonter dans les montagnes.

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