Dahu-trek entre Haute Bléone, Haut Verdon et Haute Ubaye

Rando d’automne entre Haute Bléone, Haut Verdon et Haute Ubaye, ou comment passer d’une vallée à l’autre quand la neige s’invite déjà dans les versants Nord.

Du 21 au 25 octobre 2015

Avec : Damien & Claire (au début), Nico, Seb & Ariane

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Dahu-trek : en général, on réserve la dénomination de « trek » à de la randonnée lointaine, plus ou moins longue et dépaysante.

En  France, quand on randonne, dès qu’on n’est plus sur un GR, sur lequel on fait de la rando itinérante, on essaie de préciser l’activité : ainsi on fait de la rando du vertige, du trail, ou bien un raid, etc… Et dès que l’on sort des frontières alpines, subitement on ne randonne plus sur plusieurs jours, on « trek », même si l’activité reste la même, à savoir marcher plus ou moins longtemps, plus ou moins vite ! « Trekker », ça parle tout de suite, ça fait d’un coup plus sérieux, plus exotique aussi, moins comme « grand papa et grand maman », que « randonner ». Pourtant, généralement on retrouvera sur ces circuits de randonnées lointaines, et bien justement « grand papa et grand maman » venus prendre le frais sur des montagnes du bout du monde, ou encore des p’tits jeunots qui portent simplement leur sac à la journée (ben oui, comme en rando en France !), relayant aux forces vives locales, les joies de l’intendance des bagages, du gîte et du couvert du soir.

Alors, quand on randonne en France sur plusieurs jours, un peu hors des sentiers battus « casse-pattes », en autonomie, et dans des paysages d’automnes splendides, qui dépaysent fortement les nord alpins (effet « mélèzes en feu ») habitués des forêts plus sombres, comment peut-on appeler cette joyeuse activité ? Un dahu-trek. En référence à cet animal mythologique génétiquement modifié dont les pattes asymétriques s’adaptent beaucoup mieux que nous aux terrains pentus et accidentés !

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Un dahu-trek, c’est ce qu’on s’est amusé à faire, sur une idée de Seb, en tournant en rond entre Seyne et Prads-Haute-Bléone, autour des Trois Évêchés, alors que la neige qui s’était invitée dans les versants Nord, nous compliquait les passages vers le sud, nous obligeant à visiter plusieurs cols afin de trouver notre échappatoire 😉 .

La trace GPS de la semaine complète Nico ici :

http://www.visugpx.com/?i=M9biup4pwb

Petit reportage en images de ces superbes montagnes, plus tout à fait « au Nord », et pas tout à fait encore « au Sud » (en tous cas pour les niçois 🙂 ) de nos Alpes françaises.

J1 : A Seyne, on récupère Damien, Claire et Nico, qui viennent de traverser le massif des Monges, depuis 3 jours, à partir de Digne. On monte dormir à la cabane des Mulets (1710 m), dans le vallon de la Blanche. Arrivés de nuit, on trouve une clef (chut… on ne dira pas où !) mais elle n’ouvre que l’habitation du berger, qu’on prend bien soin de refermer. Car en cherchant mieux, à l’arrière de la bergerie il existe un dortoir immense, avec des tas de matelas, une table, des chaises et tout ce qu’il faut pour passer une super soirée. C’est ici qu’on dormira ce soir, en mettant les pieds sous la table devant un bon repas préparé par nos 3 « trekkeurs ». Plusieurs parties de cartes déjantées plus tard, nous tombons dans un profond sommeil.

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Cabane pastorale des Mulets

J2 : Nous quittons la cabane des Mulets en remontant des pentes herbeuses dans le ravin de Chabrières, pour déboucher sur la crête de Conforan. Puis, par des empilements de blocs en piles d’assiettes, on débouche au sommet de l’Aiguillette (2610 m). C’est le moment de quitter Claire et Damien, qui terminent ici leur vacances, ils repartiront avec notre voiture qu’ils déposeront à la gare de Digne. De notre côté, le passage aérien vers Roche Close, enneigé, n’est pas évident (en simple chaussures de marche), donc on cherche un autre échappatoire en descendant vers le nord par la crête des Cimes. Mais un système de barres et de dalles rendues glissantes par la neige, ne nous permet pas de rejoindre le vallon de l’Encoungoura. Nous préférons faire demi-tour. Descente de l’Aiguillette par la voie de montée, versant Ouest, et cheminement dans les éboulis jusqu’au col la Pierre.

Le contraste de températures est saisissant entre les versants Nord en neige et glaciaux, et Sud où nous sommes surpris par la chaleur. Après le col, nous traversons, via des systèmes d’éboulis et de barres, le versant Est de Roche Close jusqu’à la cabane pastorale de Vautreuil, en passant sous le lac de Lauseron. On bivouaque à cette cabane de berger (possibilité de dormir sous les bas flancs du toit, protégés du vent, moyennent un peu « d’aménagement »).

J3 : Nous remontons le vallon jusqu’au col de Vautreuil, où nous apercevons de nombreuses traces de loups. Après le col, puis les lacs, nous continuons à grimper sur la moraine en rive gauche de l’ancien glacier de la Blanche afin de passer un petit col (2848 m) à l’ouest de la tête de l’Estrop. Cette remontée est longue et pénible, dans des blocs instables, partiellement recouverts de neige.  Sous le col, les pentes sont recouvertes de neige, dominant des barres. Après le passage du câble, où nous nous encordons, la traversée (débonnaire en été) est bien exposée en cas de glissade. Nous préférons faire demi-tour : la neige est dure, nous sommes en simples chaussures de rando, sans piolets, ni crampons ou casques, et le risque de faire un tour de toboggan stupide est bien présent.

Nous regagnons les lacs et tourbières des Eaux Tortes, puis remontons le vallon de la Petite Barre, en espérant passer le col éponyme (2735 m). Nous faisons à nouveau le point au pied du col, ici aussi la neige est bien présente, et la pente soutenue. On distingue même quelques petites avalanches anciennes. Bon, on ne passera pas par là non plus. C’est pas grave, on visite ! Demi-tour, on tentera notre chance plus à l’est ! Nous redescendons dormir à la cabane pastorale du vallon de Laverq (vers 2140 m), au milieu des mélèzes. C’est le même type de cabane que la nuit précédente, avec un des bas flancs fermé, donc protégé du vent.

J4 : Nous descendons ce matin le ravin des Lausas (jusqu’à 1875 m d’altitude), dans lequel les eaux s’écoulent à la faveur de contacts géologiques préférentiels. Puis nous remontons par le GR56 à la tête de Sestrière (2575 m). Nous poursuivons notre grimpette jusqu’au sommet de la Grande Séolane (2909 m), qui nous domine depuis plusieurs heures, par la cheminée sud qui peut présenter des blocs instables sur la fin (balisage à 4 points blancs). La neige sur le vallon suspendu nous fait préférer monter directement par les dalles et les vires sous la baisse, entre les sommets Nord et Sud. Le cheminement vu d’en face ne semble pas évident, mais une fois dedans, ça passe bien (présence de cairns) ! Descente par le même itinéraire (cheminée sud).

Nous passons le col de Sestrière (2461 m), puis gagnons la station de la Foux d’Allos (1800 m). Quelques magasins sont encore ouverts, malgré la saison, et nous en profitons pour nous ravitailler. Après un rapide casse-croute dans cette station sans âme, qui passe rapidement à l’ombre, nous sommes surmotivés pour remonter les 800 m de pistes de ski, afin de fuir le béton, et basculer vers le superbe vallon sauvage de l’Estrop. Après le passage d’un petit col au nord de la baisse de l’Aiguille (2578 m), nous redescendons dormir à la cabane pastorale du Ceï supérieur (2450 m).

Ce soir, après nos 2000 m de D+ du jour, on a FAIM ! Nous cuisinons les sanguins trouvés en route (il manque de l’ail et des herbes pour donner du goût, dommage), et le feu nous permet de faire cuire les saucisses achetées à la Foux. Afin de se protéger de l’humidité (et des loups 😉 , dont les traces sont assez présentes depuis plusieurs jours !), nous nous fabriquons une véritable petite cabane avec les tables et les planches présentes autour de la bergerie.

J5 :  Les températures nocturnes ont été très douces cette nuit. Le sursac, trop chaud, a été enlevé en début de nuit, et le duvet ouvert une partie de la nuit à 2450 m d’altitude ! Nous remontons à la tête de l’Estrop. Sur le chemin, Seb finit par retrouver la goutte d’eau fossile, sur une des dalles. Il l’avait découverte il y a quelques temps, à la faveur d’un bivouac express à la Tête de l’Estrop. Cette goutte d’eau est merveilleusement conservée. Du sommet, nous contemplons le col enneigé au nord que nous aurions dû franchir, et même d’ici, il n’est pas engageant « en baskets », pas de regret !

Nous descendons le vallon de l’Estrop, en faisant une petite pause au refuge. Le gardien Olivier, nous propose spontanément de nous faire la navette en voiture ce soir, jusqu’à Digne, afin de récupérer notre véhicule pour rentrer sur Grenoble le soir même. Mais nous n’en aurons finalement pas besoin. Arrivés au parking des Eaux Chaudes (1180 m), nous commençons le stop : c’est rapidement la propriétaire du camping Le Mandala à Prads, qui après avoir nourrit ses ânes aux Eaux Chaudes, nous descend à Prads, tandis que ses deux filles se serrent sur un siège ! Un grand merci à toutes les trois pour leur gentillesse !

A Prads, nous nous postons à la sortie du village, tandis que sur la petite place du village de nombreux habitants pressent le jus de pommes.

Une première voiture s’arrête, la conductrice regrette de ne pas avoir de place, mais nous tend un pain ! Comme nous la remercions en précisant « ça tombe bien, on est mort de faim ! », elle arrête son moteur : « Mais il faillait le dire ! ». Et elle va ouvrir le coffre de sa voiture, nous tend tout un tas de victuailles, prétextant qu’elle ferme sa résidence secondaire pour l’hiver. Elle nous régale donc de confiture, de 2 paquets de gâteaux sucrés, de gâteaux d’apéro, et même d’un cassoulet en boite, on ne sait jamais, si notre stop s’éternise 🙂 !

La voiture suivante s’arrête, il s’agit de parapentistes, qui randonnaient à la tête de l’Estrop. On les avait croisé au sommet (sans parapente). Ils ont la voiture pleine, mais sont prêts à se serrer ! Nous les remercions chaleureusement, mais préférons attendre une prochaine voiture dans ce vallon « cul de sac », et au pire, le gardien du refuge ne devrait pas tarder ! La voiture suivante est un utilitaire : une petite famille est à l’avant. Ils nous proposent de nous emmener à Digne, mais craignent pour notre sécurité. Nous entrons néanmoins dans la partie arrière du fourgon, totalement isolée de l’avant : claustrophobes s’abstenir 😦 : car une fois, la porte fermée, nous nous retrouvons dans le noir, heureusement on a les frontales ! On arrive sans encombres au centre de Digne, retrouver notre voiture à la gare des trains, laissée par Claire et Damien !

Plus tard, à la sortie de l’autoroute à Sisteron, nous prenons en stop une demoiselle qui revient d’un WE de grimpe dans le Verdon. Pas n’importe quelle demoiselle, car Salomé a déjà un sacré parcours de sportive et de montagnarde, malgré son jeune âge !

Un superbe WE d’automne, de découvertes de nouveaux vallons, de splendides bivouacs, et de belles rencontres !

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