Sud Lipez – Part 2 : « Sauve qui peut ! Par ici la sortie ! »

2nde partie de la terrrrrrible traversée du désert du Sud Lipez, du 4 au 14 aout 2015

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10 août 2015 – De Huallajara aux Aguas Termales de Polques

Brrr… la nuit a été glaciale dans le refuge, que nous trouvions pourtant bien tempéré la veille. Les températures, déjà bien négatives, ont encore chuté aujourd’hui, sans atteindre les -30°C que certains chauffeurs nous avaient promis.

Mais ce matin, la tempête s’est calmée. Le bruit entêtant du vent ne sature plus nos tympans. Il est temps pour nous de repartir. Néanmoins, l’étape qui s’annonce aujourd’hui (21 km de piste, dont une bonne moitié peu roulants, auxquels s’ajoute un passage de col à 4926 m,  s’avère difficile surtout par les conditions météos : un froid glacial, et une forte crainte de voir le vent reprendre.

Le camion de Luis (Chevrolet des années 1950 muni d’un moteur Ford), garé derrière le refuge n’est pas de première jeunesse, mais semble être notre seule chance de raccourcir un peu l’étape et d’atteindre Polques (au bord de la lagune de Chalviri) en toute sécurité avec les enfants. Sauf que Luis ne veut pas quitter son refuge, il a trop de travail et des groupes sont prévus dès 16h. Nous négocions alors avec lui : pendant qu’il prépare son camion, nous nettoyons à nouveau de fond en comble son refuge !

A 9h30 nous partons : les vélos dans la benne avec tout le monde, sauf Ariane (qui a été bien malade toute la nuit) avec Titouan, qui restent avec Luis dans la cabine du camion. La piste s’avère difficile très rapidement, et le camion commence à caler dès le début de la montée. Luis ouvre le capot, et entre littéralement dans son moteur, démonte le ventilateur, le jette à l’arrière dans la benne et nous repartons… pour… 2 km. 2ème pause, Luis retourne dans son moteur, dévisse encore quelque chose. Nous repartons pour… 5 km. Luis ressort, redémonte encore quelque chose. Nous repartons pour… 100 m. Ce qui nous amuse au début, devient assez vite déroutant au bout de la 10 ème pause.

Nous nous approchons des 5000 m, et sur le plateau balayé par le vent, le froid est difficilement supportable dans la benne : les plus petits (Titouan, Adélie, Gaspard et Thomas) montent dans la cabine, assis sur les genoux des uns et des autres. Ariane rejoint Lola et Emmanuelle sous la bâche déployée dans le benne. Nous montons très très doucement au rythme des arrêts et réparations mécaniques. Les problèmes de carburation obligent Luis a nettoyer une à une les 6 bougies, à de nombreuses reprises.

Luis montre une patience infinie pour nous monter au maximum, mais aux geysers de Sol de Manana, au droit du col, il nous dépose et repart vers son refuge, après plusieurs accolades chaleureuses. Le vent est glacial, et pour la première fois, les enfants protestent.

Mais heureusement, nous avons le vent dans le dos sur le plateau et dans le début de la descente. Celle-ci est splendide, avec une vue plein cadre sur la Laguna de Chalviri : des tons pastels de bleus et blancs tapissent la plaine à nos pieds, et nous font oublier que la piste tourne bientôt à 90°, rendant le vent à présent de travers, et à nouveau très pénible pour terminer les 3 km qui nous séparent des sources chaudes de Polques.

Là, nous avons le droit d’occuper une vaste salle d’un bâtiment en construction. Après un rapide pic-nique, tout le monde coure aux sources chaudes. L’air est glacial dehors, nous sommes en doudoune, et pourtant dans l’eau à 39°C les enfants jouent un bon moment au chaud. Les calories emmagasinées permettent de sortir de l’eau sans avoir froid, malgré l’air rendu glacial par le vent et l’absence de soleil passé derrière le relief.

11 août 2015 – De Polques aux ruines entre les lagunas Blanca et Verde

Départ pour une belle étape aujourd’hui, avec la traversée du Désert de Dali, puis un col à 4726 m, permettant de découvrir en fond le volcan Licancabur (5916 m), à la frontière entre la Bolivie et le Chili. Ce sera peut-être l’occasion d’une ascension le lendemain ?

La piste est enfin roulante, mais le vent se renforce au col. Seb reste très en arrière, avec la remorque et Adélie. Les Garioud sont loin devant. Ariane, Gaspard et Titouan, s’arrêtent, dans la descente après le col, dans un repli un peu abrité, en attendant Seb. Les minutes passent, 10 min, 20 min, puis 30 min. Toujours personne. Puis deux cyclos brésiliens arrivent et nous préviennent que Seb a crevé, mais qu’il est reparti, et qu’il est 1 km avant le col. Les minutes passent encore. Personne. 1h maintenant. Ariane décident de remonter au col avec Titouan, et Gaspard qui râle, car le vent est très fort, et pédaler dans ces conditions est épuisant. Sous le col, Seb est visible, sur le côté. 100 m après sa première crevaison, il a de nouveau crevé. Ces crevaisons sont dues à la perforation de sa jante double paroi qui n’a pas resistée au col aujourd’hui. Elle était fragilisée depuis le salar d’Uyuni, et présentait une fissure. Seb n’avait trouvé à Uyuni qu’une roue bas de gamme, qu’on transportait au cas où… Il l’a finalement utilisée aujourd’hui. Mais la pompe, pleine de sable ne marche plus. Ah, quand on a la poisse ! A cet instant un 4×4 s’arrête, et une dame nous dit que des français nous attendent sous le col à 2km ! C’est fou : Ariane et les enfants ont du s’arrêter quelques centaines de mètres avant eux. Nous demandons au 4X4 qu’il aille chercher leur pompe, ce qu’il fait très gentiment.

Nous finissons par nous retrouver tous ensemble ! Merci, les amis d’avoir attendu et envoyé un « messager » à notre rencontre !

Sauf que maintenant, le temps à changé : en quelques minutes, le ciel s’est couvert et devient menaçant ; nous craignons la neige ! On ne fait pas les malins, il nous reste 7 km de piste pour atteindre le seul lieu de bivouac de la plaine : des ruines entre les lagunas Blanca et Verde.

Nous arrivons à caser les tentes, les enfants se jettent dans leurs duvets, et prendront leurs repas ainsi.

12 août 2015 – Des ruines au refuge Licancabur

Durant la nuit, le vent se lève à nouveau, violemment. Heureusement, les murs de la ruine nous protègent un peu.

A 5h du matin, Adélie se lève pour vomir. Elle est contente d’avoir épargné les duvets cette fois-ci ! Pour réconforter les enfants, nous avions fait beaucoup à manger la veille au soir, tout n’est vraisemblablement pas bien passé pour la petite louloutte, qui est pourtant à peu près en forme au moment du départ à 9h…

Dur de faire les affaires ce matin. Les rafales de vent dépassent les 100 km/h. Dans la ruine, nous sommes à l’abri, mais pour charger les vélos, c’est assez problématique : durant une rafale, la remorque s’ouvre, et deux des matelas que nous y avions entreposé provisoirement sont aspirés à l’extérieur. Pas moyen de les rattraper, ils volent déjà sur les lagunas, à plusieurs kilomètres, et à l’heure qu’il est, ils doivent être à Rio de Janeiro !

Le passage sous le volcan Licancabur, entre les lagunas Verde et Blanca est magnifique, tout est gelé et prend des couleurs splendides. Nous rejoignons difficilement le refuge au sud de la laguna Blanca, pourtant à moins de 10 km.

Arrivés au refuge, les enfants sont accueillis sous des tonnerres d’applaudissements par les touristes de passage en 4×4. Il fait chaud, une bonne odeur de cuisine se répand, un canapé attend qu’on s’y prélasse. C’est la première fois que nous retrouvons une ambiance « un peu » occidentale, et ça nous fait un bien fou !

Nous décidons d’y passer la journée et la nuit. Les enfants peuvent jouer, et courir partout, le vent n’est qu’un mauvais souvenir ! Pourtant, dehors, ça souffle encore énormément !

Nous nous rendons vite compte que la sensation de « chaud » que nous avions éprouvée en entrant dans le refuge, est toute relative : dans les dortoirs, le gant de toilettes mouillé que nous avons utilisé pour débarbouiller les enfants, a … gelé…

Ce soir, Seb et Emmanuelle décident d’aller gravir le volcan Licancabur le lendemain matin avant que nous partions pour San Pedro de Atacama, en bas, dans la plaine, au chaud !

La Réserve impose la présence d’un guide local (400 Bol+coût du trajet en 4×4) ; c’est Martin, le gardien de refuge qui sera leur guide.

13 août 2015 – Volcan Licancabur et San Pedro de Atacama

Départ à 3h du matin pour Seb, Emmanuelle et le gardien du refuge, Martin. L’approche se fait en 4×4 jusqu’à 4650 m, après 35′ de piste. Commence ensuite une longue montée de près de 1300 m de deniv’, qui se raudit sur la fin (40°). Elle sera avalé en 3h15, en rattrapant et doublant tous les groupes présents sur la montagne. 3 mois de vélo  sur l’altiplano, à tracter, pousser des enfants, cela donne la pêche !

Le sommet est atteint vers 7h15, un petit quart d’heure après le lever de soleil. Le froid est bien piquant (-20°C) et engourdit leurs mains et leurs pieds. Ils décident alors d’aller faire un petit tour au bord du cratère pour disposer d’autres points de vue sur le petit lac de cratère sommital et surtout sur la plaine d’Atacama. Le vent est ici bien présent et la température ressentie baisse sensiblement. Ils réalisent quelques photos de la forme parfaitement géométrique de l’ombre portée du volcan sur le désert d’Atacama, côté chilien.

Sans trop trader ils attaquent la descente en croisant les groupes qu’ils avaient doublés à la montée. Ceux-ci sont amaigris, de nombreuses personnes ayant fait demi-tour, faute d’une acclimatation suffisante à l’altitude. Martin leur fait dévaler la montagne « droit dans l’pentu » afin de profiter des éboulis pour descendre rapidement. Au pied de la montagne, il leur fait visiter des ruines Inca (les plus importantes du Sud-Lipez) et leur explique le rôle important que tenait le Licancabur dans les cérémonies Incas.

L’ascension du Licancabur n’est pas techniquement difficile (en tous cas, en absence de neige) et constitue un joli belvédère sur le désert d’Atacama et les volcans alentours.

Après leur retour à 11h, et un rapide repas pris avec les restes de la veille, tout le monde reprend les vélos pour une étape de 55 km.

Il faut tout d’abord monter par une piste (pas trop mauvaise malgré quelques passages de tôles ondulées) jusqu’à la frontière d’Hito Cajon.

La Bolivie ne nous épargne rien, jusqu’au dernier moment : il fait froid, le vent nous glace, la neige est présente au bord de la piste. Puis côté chilien, après avoir rejoint la grande route du Paso Jama(vers 4600 m d’altitude), c’est ENFIN la route asphaltée et la descente.

Près de 30 km de descente tracée droit dans la pente, et plus de 2000 m de denivelée négative pour atteindre San Pedro de Atacama, à 2400 m d’altitude. Durant la descente, notre visage, nos mains, d’abord glacés, se réchauffent progressivement. Nous enlevons les différentes couches de vêtements avec plaisir.

Les Garioud nous distancent rapidement, car de son côté, Seb qui a mis sa roue de rechange chinoise galère un peu : elle se voile très rapidement, pour finalement casser définitivement 15 km avant SPA. Mais ce n’est pas grave, il fait doux, nous sommes arrivés au bout du Sud Lipez sans grosse casse, et nous pourrons réparer sans problème à SPA ! Seb prend la roue avant de Gaspard, son vélo est chargé sur le remorque, et Ariane prend Titouan et Gaspard sur le tandem : notre entrée ne passe pas inaperçue à SPA ! Vue l’heure avancée, nous n’allons pas à la douane qui est fermée.

Nous retrouvons très vite Nicolas : les Garioud viennent de dénicher un hôtel avec de la place, et nous attendent. Il s’agit de l’hôtel Corvatsch qui possède un grand jardin et surtout une cuisine commune magnifique : nous allons nous sentir bien au Chili pour quelques jours !

En conclusion : nous avons été particulièrement malmenés par le vent dans le Sud Lipez. Des tempêtes ont été recsencées au Chili, assez violentes, durant la même période, à 200 km au sud. Nous étions peut-être en limite de cette perturbation ? Dans tous les cas, les locaux nous ont bien confirmé que les conditions météo étaient exceptionnellement exécrables durant ces 10 jours, même si le mois d’août est réputé comme étant le plus venté de l’année.

En ce qui concerne l’état des pistes, nous nous attendions à des conditions difficiles en termes de sable. Mais ce que nous avons rencontré durant les 3 premiers jours était très peu roulables en tandem et surtout avec la remorque.

Et si c’était à refaire ? Dans les mêmes conditions, non, nous ne repartirions pas. Mais avec moins de vent, cela doit être totalement différent. Les enfants ont été remarquablement confiants et sereins malgré les conditions météo TRES difficiles.

Mais ils étaient heureux d’arriver au bout, et de retrouver la chaleur ! De notre côté, les parents, nous étions un peu stressés pour garantir la meilleure « qualité » de vie des plus jeunes, avec une nécessité d’anticipation constante, ce qui fut épuisant au bout d’un moment, mais nécessaire.

L’arrivée sur San Pedro de Atacama, avec sa douceur de vivre, et ses températures clémentes est vécue par tous les cyclos comme une délivrance. Le passage par le Sud Lipez permet de ressentir avec une intensité décuplée les douceurs de la vie.

Nous allons y passer quelques jours de VACANCES et farniente bien mérités !

6 réflexions sur “Sud Lipez – Part 2 : « Sauve qui peut ! Par ici la sortie ! »

    • Bien sûr, c’était une option envisagée, on a d’ailleurs entraîné les enfants au pédalo sur le Titicaca ! Mais finalement ils étaient moyennement motivés, on ne comprend pas trop pourquoi ?!

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  1. Chapeau pour tout ça ! Pensé à vous ces temps ci, du coup je lis vos péripéties récentes. Sacré trip, vous êtes des costauds ! Et dire que pendant que vous êtes en doudoune nous avions la canicule ici… Les photos sont toujours magnifiques !! Bises

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    • Coucou Sylvie ! Merci pour ton petit mot ! Toutes les bonnes choses ont une fin, on rentre bientôt retrouver les copains du Vercors, pour de nouvelles aventures sur notre plateau. J’espère qu’on pourra profiter un peu de la chaleur et que ce ne sera pas déjà l’automne… ça nous fait envie votre canicule ! Bises, Ariane.

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