L’histoire du biathlon dans le Dauphiné

Profitons du confinement pour finir quelques billets, écrits cet hiver, mais qui n’ont pas été mis sur ce blog, faute de temps…

Cet hiver, alors que nos enfants skiaient toute la semaine et les WE, et que les biathlètes français (et notamment les Dauphinois) s’imposaient sur les podiums de Coupe du monde et Championnat du Monde, on a cherché à s’intéresser de plus près à l’historique de la pratique de ce sport dans notre région.

Biathlon_1er_concours_Tir_en_ski_Grenoble

Mais avant de parler de biathlon, rappelons quelques éléments de l’histoire du ski

Des vestiges archéologiques et des gravures rupestres témoignent de la présence du ski, il y a près de 5 000 ans, à la fois en Scandinavie (jusqu’au Pays baltes), et dans les montagnes de l’Altaï, en Asie Centrale. Même si la détermination du berceau historique du ski est sujette à controverse, une chose semble toutefois acquise : si les hommes ont inventé le ski, c’est d’abord pour se déplacer plus aisément et plus rapidement dans la neige. Fortement utilisés en Scandinavie durant le Moyen-Âge, ce n’est que plus tard qu’ils seront utilisés à des fins militaires. Le Roi Gustav Vasa les exploita intensément dans le soulèvement qu’il organisa – à partir de 1520 – pour libérer la Suède du joug danois. Ainsi naissaient les premières unités de soldats skieurs. Ce fait historique a marqué l’histoire de la Suède et est à l’origine de la course de ski nordique la plus populaire au monde : la Vasaloppet.

Le Dauphiné, berceau du ski en France

En France, c’est l’alpiniste Henry Duhamel qui testa les premiers skis en 1889, sur les pentes de Chamrousse, après avoir été sensibilisé à ce matériel lors de l’exposition universelle de Paris de 1878. À partir de la fin des années 1890, le ski va largement se développer. En 1896, des militaires français, accompagnés d’un instructeur suédois, réalisent une traversée à ski entre Lans-en-Vercors et Autrans. Peut être les premiers biathlètes français ? 😉  En 1900, les chasseurs alpins français s’emparent définitivement de l’invention et chaussent ces planches recourbées permettant de se déplacer plus rapidement qu’avec les raquettes à neige. Dès 1904, des courses sont organisées à Autrans, puis en 1907, au Sappey-en-Chartreuse. Cette même année, une 1ère compétition internationale se déroule même à Montgénèvre. La 1ère décennie du XXe siècle voit le ski se diffuser à travers le monde, jusqu’en Afrique (comme dans l’Atlas algérien) et en Australie.

À gauche, les premières courses de ski du Sappey (1907). À droite, concours du saut à ski à Villard-de-Lans (début des années 1920), sur le tremplin de la colline des Bains.

 

Ensuite, durant les années 1910 et 1920, les principales compétions de ski concerneront le ski nordique classique et le saut à ski, avant que le ski alpin (de descente) se développe.

1910, les premiers concours français de « tir en ski »

En 1910 est organisé, dans la région grenobloise, le premier concours français de « Tir en ski », avec déjà à l’époque des tirs couchés et des tirs debout. On remarquera la présence d’un fagot de branches, en guise de support à la carabine !

Le premier concours français de « Tir en ski » organisé par la société de Tir de Grenoble, le 20/02/1910, au Sappey-en-Chartreuse (?).

De la patrouille militaire au biathlon moderne

Le premier véritable biathlon moderne a probablement été organisé en 1912, lorsque l’armée norvégienne a organisé la course Forvarsrennet, à Oslo.

Lors des premiers Jeux Olympiques d’hiver, en 1924, la patrouille militaire faisait partie intégrante du programme des Jeux organisés à Chamonix, en tant que sport officiel. Contrairement aux relais actuels, la course de ski de fond de 30 km se déroulait par patrouille de quatre hommes (dont un officier !) qui courent ensemble, sur le principe de certaines courses actuelles de ski-alpinisme comme la « Patrouille des glaciers », en Suisse. A l’issue de cette course, l’épreuve comportait une séance de tir de 18 balles sur cible (à 250 m).

À titre anecdotique, on notera que le Dauphiné a contribué à l’émergence des JO modernes ; la devise olympique Citius, Altius, Fortius (Plus vite, plus haut, plus fort) ayant été empruntée par Pierre de Coubertin à son ami Isérois, Henri Didon, vainqueur des « Jeux Olympiques du Rondeau » qui se sont déroulés à Grenoble entre 1832 et 1905.

À gauche, le Vercors (Moucherotte et 3 pucelles) en toile de fond des « Jeux Olympiques du Rondeau » (1894) ! À droite, la patrouille suisse, vainqueur des JO de Chamonix (1924). Source : Le Miroir des sports (1924).

 

Après les Jeux de Chamonix, la patrouille militaire sera reléguée au statut de sport de démonstration. Il faudra attendre ensuite les Jeux de Squaw Valley (1960) pour que le biathlon moderne, réintègre le programme des Jeux Olympiques, actant l’ouverture de ce sport au monde civil depuis la fin de la guerre.

En 1968, le biathlon sur le site d’Autrans lors des Jeux de Grenoble (1ers Jeux télévisés). Notez, la technique « classique » et le style vestimentaire à base de knicker et de chaussettes montantes. Source : L’Express.

 

Jusqu’en 1977, les biathlètes tiraient avec des armes (d’inspiration militaire) de gros calibre, avec des cibles situées entre 100 m (tir debout) et 150-250 m (tir couché) de distance. Depuis cette date, les biathlètes tirent à 50 m avec une « 22 Long Rifle ».

A partir de la fin des années 1980, le style de ski « classique » est délaissé au profit du « skating », même si les épreuves restent en style « libre ». Par ailleurs, ce n’est qu’à partir des JO d’Albertville (avec le biathlon sur le site des Saisies) que ce sport s’ouvrira (enfin !) au monde féminin.

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Le « biathlon » est aussi une activité pratiquée en dehors du sport et de la compétition ! Ici, une chasseuse de lagopèdes, en bordure du parc du Sarek, Suède (2015). Photo : Seb. Langlais.

 

En France, les deux principales « terres » de ski nordique, que sont le Jura et le Vercors, sont également des territoires qui regroupent les principaux sites de pratiques du biathlon. Ces dernières années, dans un circuit de biathlon très scandinave et germanophone (Allemagne, Autriche et Italie), la France a eu le privilège d’accueillir au Grand-Bornand, une étape de coupe du monde de biathlon. On peut se demander le niveau de ferveur populaire si une course de ce type avait lieu dans une terre de nordique comme le Vercors ou le Jura. Pas certain que nous ayons à rougir des ambiances de Ruhpolding ou d’Oberhof… A quand une épreuve de coupe du monde de Biathlon à Gève ou à Corrençon ?!

Aujourd’hui, ce sport a totalement perdu son caractère militaire, et attire beaucoup les plus jeunes. Chez nous, Gaspard et Adélie s’entrainent à deux pas de la maison, en se faisant surtout plaisir d’allier un effort physique soutenu à une épreuve de précision. Quand à Titouan, il a définitivement adopté la carabine de Matin Fourcade dans le jardin ! (carabine à élastiques 😉 avec de vraies cibles qui basculent !).

 

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