[Ski en Iran] #5 – Lectures

Et hop, un dernier billet pour la route ! Oui, vous l’aurez compris, on a beaucoup aimé l’Iran, les iraniens qui ont cherché à échanger avec nous, les montagnes, et enfin cette architecture bleutée dont on ne s’est pas lassé… Bref, avant de refermer complétement cette page iranienne, un peu de lecture (pour ceux que ça intéresse !).

En effet, impossible d’aller là-bas, même dans des coins perdus en montagnes 🙂 sans un petit bagage « culturel » préalable, afin de comprendre les évènements complexes qui ont façonné une société parfois un peu … schizophrène, mais passionnante, tiraillée entre ouverture et repli.

Quelques livres récemment publiés, lus avant, pendant, et au retour de ce petit séjour, qui permettent de mettre en perspective la société actuelle avec l’histoire mouvementée, qui continue à s’écrire. Et paradoxalement, de nombreux auteurs féminins iraniens pour ces ouvrages ! Ils sont présentés par ordre d’intérêt, en commençant par le plus marquant.

Mais avant toute chose, puisqu’on parle de lectures dans ce billet, en voici une à laquelle on ne s’attendait pas, et que nous avons découvert sur place :

  • Les deux lettres du Guide Suprême Khamenei aux jeunes d’Occident, intitulées « To the youth in Europe and North America« , 2015

Elles sont parfois (rarement) distribuées dans les lieux les plus touristiques, ou bien affichées au mur comme dans cet hôtel de Yazd, où nous les avons lus pour la première et unique fois :

Ces deux lettres ont été rédigées par le Guide Suprême actuel, Ali Khamenei, après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher en janvier 2015, puis après les attentats de Paris en novembre 2015. De notre côté, on n’en a jamais entendu parler en France, on n’a peut-être pas fait attention… Dans la première lettre (traduction ici : Aux-jeunes-dEurope-et-dAmérique-du-Nord), il invite les jeunes d’Occident à mieux connaître l’Islam à travers ses textes sacrés et non à travers les médias, afin qu’ils se forgent leurs propres opinions. Dans sa seconde lettre (traduction ici : La_seconde_lettre_du_Guide_Supreme_aux_jeunes_d_Europe) et dans un style un peu moins « soft » (il aurait peut-être mieux fait de s’arrêter à la première lettre, en fait, mais que fait son service de com’ 🙂 !!!), il évoque les politiques menées par l’Occident au Proche et Moyen Orient. Bref, bien entendu c’est de la propagande à peine masquée pour les « valeurs » de la République Islamique. Mais on peut y voir un étonnant message de paix dans la première lettre (pour un régime aussi répressif, c’est très paradoxal, certes…), voire une volonté (timide) de reprise de dialogue avec l’Occident dans la seconde lettre… Dans tous les cas, ça mérite d’être connu, et on a trouvé un certain intérêt à les lire, afin de mieux cerner ce pays si complexe…

  • « Je vous écris de Téhéran », Delphine Minoui, 2015

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Livre emmené dans le sac à dos ! Un très grand coup de cœur pour ce livre incontournable, si on veut comprendre l’histoire récente de l’Iran. Un témoignage captivant sur la société iranienne de ces 20 dernières années, entremêlant vie privée de l’auteure et évènements politiques dramatiques (révoltes étudiantes). C’est un livre possédant une belle écriture, dont on a du mal à se séparer une fois terminé ! Il permet de mieux comprendre certains signaux saisis au gré des rencontres.

Delphine Minoui est une journaliste franco-irannienne, qui a été, en particulier, lauréate du prix Albert Londres en 2006, pour l’ensemble de ses témoignages entre Iran et Irak.

Le livre s’arrête en 2009, avec la fuite de l’auteure hors des frontières d’Iran, durant la répression massive d’Ahmadinejad. On aimerait tellement avoir « la suite » avec la présidence actuelle du plus modéré Hassan Rohani depuis 2013, et connaître quels ont été les impacts sur la société ?

Prix du livre Ailleurs 2016.
Prix littéraire ESJ-Maison Blanche 2016.

  • « Ainsi se tut Zarathoustra », Nicolas Wild, 2013

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Une BD passionnante, de 220 p., qui a reçu le Prix France Info de la Bande dessinée d’actualité et de reportage 2014.

L’auteur évoque à travers son voyage en Iran, le procès de l’assassinat de Cyrus Yazdani, figure emblématique du zoroastrisme, en 2006. Une immersion dans la culture zoroastrienne, religion pré-islamique, encore pratiquée notamment à Yazd, au cœur du désert iranien. Mais aussi une immersion dans la société actuelle iranienne. Même si le sujet (un procès d’assassinat) est lourd, l’angle d’attaque est hyper bien documenté, bien dessiné, touchant et amusant. Nous, on a beaucoup aimé !

  • « Passeport à l’iranienne », Nahal Tajadod, 2009

Un livre plus léger que les précédents, d’une auteure iranienne issue du milieu aisé de Téhéran (et épouse de Jean-Claude Carrière).

Une galerie de portraits qui nous fait pénétrer dans les codes de la société iranienne, mais également dans un univers de débrouillardise, où il faut sans cesse « bricoler » pour arriver à ses fins. Néanmoins, même si l’histoire est amusante, l’écriture a un petit côté « emprunté » de la « haute société » qui fait qu’on se lasse assez vite…

  • « Persépolis », Marjane Satrapi, 2000-2003

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On ne présente plus Persépolis, BD (4 tomes) en noir et blanc autobiographique se déroulant durant la révolution islamique. Nous l’avions lu à sa sortie, puis relu avant notre départ, 15 ans plus tard, avec plaisir !

  • « La femme qui lisait trop », Bahiyyih Nakhjavani, 2016

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Ce livre fut acheté car le titre était prometteur 😉 !… Le sujet également : il traitait de la condition de la femme en Iran au 19ème siècle, à travers le destin tragique de la poétesse de Qazvin, Tahirih Qurratu’l-Ayn (1817-1852), dont le fait historique marquant fut de refuser le port du voile dans une société ultra conservatrice et violente. Et comment elle chercha à émanciper les femmes de son pays à travers l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Une femme intelligente, érudite, qui analysait les soubresauts de son époque pour en prédire l’avenir, « lire le futur ». Elle fut confrontée à une société machiste, avide de pouvoir, qui finit par l’écraser.

La post-face de l’auteure est très intéressante, car elle permet d’avoir un éclairage historique du roman lui-même : « Maintenant plus que jamais, cette femme symbolise les crises aigues qu’affrontent l’islam aujourd’hui. La manière dont elle contesta les interprétations de la charia, brava l’autorité des ulémas et osa s’interroger sur la signification du Coran représente encore un défi pour la conscience et la conduite des musulmans de notre temps. Son audace déclencha la même violence, excita les mêmes instincts de fanatisme sauvage chez les fondamentalistes. (…) ».

Il est intéressant de savoir que les idéaux de cette poétesse furent repris par les féministes françaises du 19ème siècle, notamment Sarah Bernhardt à travers une pièce de théâtre.

Donc un livre sur la première féministe iranienne qui s’annonçait passionnant. Mais non… !!! Le livre est même très rebutant. Une extrême lenteur, d’innombrables redondances qui font perdre le fil du récit, une histoire basée sur une multitudes d’intrigues se déroulant sous la dynastie des Qadjars (turcs), en particulier sous le règne du Shah Naserodin, le tout dans une société violente dominée par les turcs. Une histoire des Médicis à la sauce iranienne en quelque sorte… Un mal fou à passer à la seconde moitié du livre, terminant la lecture « en grandes diagonales »… Dommage.

  • Et encore, à découvrir (nous ne les avons pas tous lus) :

Ces suggestions de lecture et leurs critiques sont issues du site : http://www.irangulistan.com/gulistan.html

Les poètes perses, très connus des iraniens :

Saadi « Shirazi » (XIIIe s.) a écrit « Gulistan » (« le jardin des roses ») et le « Bostan » (« le jardin des fruits »).

Khayyam (XI-XIIe s.) est l’auteur des « Ruba’iyyat » (« quatrains »), un recueil de poésie épicurienne où le vin coule à flot. Khayyam était poète mais aussi un savant renommé, il a mis au point le calendrier solaire perse avec année bissextile toujours en usage aujourd’hui. En téléchargement ici : Télécharger les Rubaiyats d’Omar Khayyam (PDF, en français traduction de Franz Toussaint)

Ferdowsi (ou Firdousi ou Ferdosi, Xe s.) a écrit « Shahnamah  » (« le livre des rois »), poème épique sur l’histoire de la Perse.

Hafez (ou Hafiz) « Shirazi » (XIVe s.) est l’auteur du « Divan », recueil de nombreux ‘ghazels’ (sonnets).  Il est toujours très lu en Iran, sa tombe à Shiraz est un lieu de promenade prisé, son recueil de poèmes sert de livre de divination: si on a une question sur l’avenir, on ouvre le livre au hasard et on lit un ghazel pour avoir la réponse.

Autres livres :

Marche sur mes yeux : de Serge Michel & Paolo Woods (2011), un portrait très bien croqué des iraniens d’aujourd’hui, très vrai, plein d’humour mais aussi sans concession pour ce pays qui mérite mieux que ce qu’il vit actuellement.
En censurant un roman d’amour iranien : roman truculent et plein d’humour acide de Shahriar Mandanipour (2011)
Vers Ispahan : carnet de voyage (1900) de Pierre Loti
Voyage en Perse : recueil de dessins (1851) d’Eugène Flandin, peintre orientaliste
Route d’Oxiane : carnet de voyage (1933) de Robert Byron
Vers Samarcande : tome2 de la Longue marche, carnet de voyage à pied (2000) Bernard Olivier
Voyages en Perse : de Jean Chardin (XVIIème)
Les aventures de Hadji Baba d’Ispahan :  James Morier (XIXème)
La vallée des assassins : de l’aventurière Freya Stark (1930)

 

 

 

 

 

4 réflexions sur “[Ski en Iran] #5 – Lectures

  1. J’ai lu aussi le livre de Delphine Minoui avant d’entrer en Iran. Un bel éclairage. On ressent vite l’iranite… aujourd’hui l’auteure vit en Turquie où elle est journaliste/correspondante de presse pour le figaro. Je ne sais pas si elle est retournée en Iran

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    • Oui c’est ça, l’iranite comme dit l’auteure ! Et en effet, non, l’auteur n’est pas retournée en Iran, en tout cas pas en tant que journaliste… mais on aimerait tellement qu’elle ait pu faire le même éclairage de la société des années post-Ahmadinejad… Bonne préparation de retour à vous deux.

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