BikeRafting le long de la Durance – #1 : de Chorges à Sisteron

Le BikeRafting est l’association de deux pratiques sportives : le Bike (le vélo de voyage ou VTT) et le Rafting (en l’occurrence le packraft). Le packraft est une embarcation moderne gonflable, à la fois légère (moins de 3 kg), peu encombrante (la taille d’un sac de couchage), remarquablement solide, et possédant une charge utile impressionnante (environ 150 kg). C’est également un canot particulièrement adapté au transport d’un vélo. La pratique du packraft s’est largement développée dans les années 2000 en Amérique du Nord (à l’origine pour traverser les larges rivières d’Alaska) mais son usage est resté anecdotique en Europe et notamment en France.

Alors que cela trottait dans sa tête depuis plusieurs années, Seb est allé tester le concept de BikeRafting avec deux copains aventuriers : Pascal (de Vélorizons) et Anthony (de Carnets d’Aventures). Peu familiers des sports d’eaux vives (excepté pour Pascal qui avait déjà fait un beau trip BikeRaft au Lesotho) et adeptes des « explorations » de proximité, nos trois compères sont allés descendre un tronçon de la Durance avant de remonter vers le Nord le long de l’échine du massif des Monges. Place au récit de Seb.

Durant le printemps 2020, l’épidémie de COVID est venue perturber nos petits projets persos. Finalement, après plusieurs reports, nous avons réussi à trouver un créneau commun de 5 jours, fin juin 2020.

Pour préparer ce périple, nous avons fait jouer la complémentarité. Anthony nous a dégoté un tronçon de Durance intéressant pour la navigation. Pascal, en plus de nous prêter un packraft, nous a fait partager ses connaissances en « eau vive ». Et pour ma part, je me suis chargé d’optimiser l’itinéraire dont chacun connaissait déjà quelques tronçons.

Rendez-vous à Chorges (Hautes-Alpes), tôt dans la matinée. Initialement, nous devions arriver en train. Malheureusement les contraintes de transport associées au COVID auront  raison de cette volonté d’accéder à notre point de départ en « mobilité douce ». Charger la première fois nos VTT prendra un peu de temps, d’autant que chacun dispose d’une monture sensiblement différente. Pour porter notre matériel, en plus de nos sacs à dos de 30-35 litres, nous disposons de :

  • Pascal : un VTT 29’’ semi-rigide, avec un porte-bagages et une sacoche de cintre (front bag ou handle bag)
  • Anthony : un VTT 27.5’’ tout-suspendu, plus quelques gourdes accrochées au cadre,
  • Seb : un VTT 26’’ semi-rigide, avec une sacoche de cintre (WildCat Lion+Sac SeaToSummit Big River 20L), une sacoche de cadre (Moosetrek, 8.5L) et une sacoche de selle (Zefal Z Adventure R17, 17L), ressemblant à ce que certains nomment un équipement de « bikepacking ».

Après la montée du Colombis par de petites routes et de belles pistes bien roulantes, nous atteignons ce culmen surmonté d’une antenne télécom aux allures de la fusée spatiale de Tintin dans Objectif Lune ! La descente de l’Échine de l’âne (T2/T3), puis vers Giéris (T3), est bien ludique malgré notre chargement qui nécessitera quelques ajustements. C’est un peu fatigués, à la fois par le réveil précoce et par le début des efforts, que nous nous affalons devant l’église d’Espinasses, avant de sombrer dans une petite sieste réparatrice.

Après avoir gonflés nos embarcations à l’aide de sacs de gonflage dédiés, nous embarquons à l’aval du barrage d’Espinasses. Depuis 2014, cet ouvrage restitue le débit (en dehors des crues) à un niveau deux fois plus important (4.2 m3/s) qu’auparavant, rendant notre navigation véritablement intéressante, sans aucune marche nécessaire. Les crues sont rares ici et sur certaines parties, la forêt peut se transformer en véritable galerie comme au niveau du Bois des Cassettes, surtout si on n’emprunte pas le bon bras de rivière ! Malgré les embâcles dans cette partie que nous aurions pu éviter, les packrafts montrent une remarquable maniabilité. Pour peu, on pourrait se prendre pour Mike Horn au cœur de l’Amazonie !

Les difficultés de navigation (Classes I/II) sont bien adaptées à notre niveau de pratique et au chargement de notre embarcation, le vélo déséquilibrant faiblement nos packrafts.  Pas le temps de s’ennuyer. Les zones calmes ou planiols alternent avec des petits rapides, que les hydromorphologues appellent respectivement mouilles et radiers. Il est temps de chercher un lieu de bivouac. Ni une, ni deux, Pascal a déjà lancé un petit feu pour nous réchauffer.

La deuxième journée de packraft démarre sous des voutes de forêt alluviale. C’est tellement esthétique qu’Anthony en profite pour sortir son drone.

À part le passage sous quelques ponts, et la rencontre avec quelques pêcheurs, le parcours de ce tronçon de la Durance nous apparait véritablement sauvage. On aurait pourtant pu en douter compte tenu de la proximité de certains axes routiers. La magie d’être au ras de l’eau permet de s’isoler, en quelques encablures, de la civilisation. Le dépaysement, une notion décidément toute relative, qui me rappelle une citation d’un roman dont le titre résonne également en moi en cette période de COVID :

« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. »

A la recherche du temps perdu (1906-1922). Marcel Proust.

Après être passés sous le château de Tallard, nous sommes contraints de débarquer pour éviter les gros débits provenant des canaux EDF, en amont du barrage de La Saulce. La navigation est d’ailleurs interdite sur cette retenue. On en profite pour faire le plein d’eau et visiter le petit village de Curbans qui domine la vallée de la Durance.

À cette époque de l’année, alors que la température de l’air atteint 28-30°C, celle de l’eau de la Durance est vraiment agréable (20 °C ?) pour s’y baigner, avant de ré-embarquer en packraft. Après être passé sous quelques falaises de couleur ocre, on pose notre bivouac en fin de journée à l’aval du village perché de Thèze. Les quelques gouttes du début de nuit n’auront pas raison de notre sommeil.

La navigation durant le troisième jour s’enchaine avec globalement le même niveau de difficulté. Midi marque la fin de notre descente de la Durance, avant de débarquer juste avant d’arriver à Sisteron. Le soleil est au zénith et on en profite pour partager une pizza « Speck-Gorgonzola » qui restera dans les annales.

En route pour le pont de la Reine Jeanne, avec nos VTT. Après avoir quitté Sisteron, le point de vue permet d’apprécier la citadelle sous son plus beau profil. Nous clôturons la journée avec un poussage éreintant de nos montures pour atteindre notre site de bivouac, au col de Mounis.

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