VTT B.U.L. méditerranéen

30-31/10/2017
Avec : Seb & Ariane

VTT dans le pays des canyons rouges des Alpes-Maritimes, agrémenté d’un bivouac perché sur un nid d’aigle !

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De Nice à Larche

Ski de randonnée – Traversée de Nice à Briançon du 8 au 19 Mars 2003
Avec : Nico, Anne, Sam, Arnaud, Ariane et Seb

Une pâle lueur pénètre à travers les trous des murs de pierres, est-ce déjà l’aube ? Impossible, les lourdes respirations de mes camarades témoignent d’une nuit non encore achevée, et puis, aucun réveil n’a sonné, nous l’aurions entendu… Brusquement, un pressentiment me saisi, rapide coup d’œil sur la montre, le verdict tombe : il est 5 heures, les alarmes de trois montres différentes ont retenti il y a une heure, mais aucune n’a été suffisante pour ébranler le sommeil du groupe des six marmottes que nous constituons !
De tout le raid, l’hébergement de la seconde étape, en l’absence du gîte de Roya, incendié quelques années plus tôt , restait une énigme. Le nom évocateur du vallon de Sallevieille nous laissait présager une nuit délicate, ce ne fut rien, et c’est dans une « bonne vieille » cabane ouverte à tous les vents, que nous nous sommes payés le luxe d’une grasse mat’, partageant un matelas et une couverture pour deux…

Sous le soleil, face à la mer
La traversée du massif du Mercantour tient une place de choix parmi les traversées de l’arc alpin : ce sont les derniers reliefs avant la mer. Et la Grande Bleue, omniprésente en toile de fond, imprime un caractère particulier à ce genre de raid, qui n’en reste pas moins alpin.
En marge de la traversée classique, à cheval sur la crête frontalière, il existe une variante peu connue des foules, dont le caractère sauvage en fait tout le charme.

Itinéraire à inventer, hébergement non gardé, ici l’autonomie prend tout son sens (notamment au niveau du poids des sacs !).
Le hameau de Vignols, porte d’entrée du Parc National du Mercantour et site de réintroduction du Gypaète barbu, est notre point de départ. Nous l’atteignons par un cheminement sur les crêtes au départ du col de la Couillole, profitant des derniers rayons de soleil, tandis que les vallées à nos pieds sont depuis longtemps plongées dans l’obscurité. Face à nous se dresse le Mont Mounier (2817 m), pyramide caractéristique du Mercantour, protégée par des barres calcaires, comme un château imprenable.

La montée au Mounier le lendemain s’effectue sous un soleil radieux, bien que le fond de l’air soit glacial. Nous traversons la barre sud du Mounier par son extrémité est, pour déboucher au col entre le Petit Mounier et le Mounier. Le sommet est atteint en deux coups de spatules, et nous réserve un panorama grandiose jusqu’à la Corse. Le versant nord, dominé par de belles corniches, accueille nos traces dans une neige lourde et croûtée en haut, et qui se fait poudreuse légère à mesure que nous perdons de l’altitude.

Cime de Pal et autres jeux
L’étape du troisième jour s’avère trop ambitieuse au vu de la configuration du terrain. Nous devons rallier le vallon de Gialorgues et son refuge CAF par la cime de Pal, en remontant le vallon de Roya. La crainte d’un enneigement peu abondant au niveau du hameau de Roya (1465 m), nous incite à passer en rive droite, orientée nord. Mais la traversée de multiples petits ruisseaux, assez encaissés, nous oblige à d’innombrables déchaussages, escalades et désescalades, portant un coup fatal à notre horaire : à 12 h nous débouchons seulement à la baisse de Barel, contemplant ce qui nous attend au loin, la face est de la cime de Pal, chauffée par un soleil généreux….

Une cabane ouverte, du vallon de Demandols achève de nous convaincre à utiliser notre jour de sécurité ce soir. Nous nous passerons de la chaleur du poêle encore une fois. En lot de consolation, nous nous payons une montée au Triboulet au soleil couchant, sans les sacs, laissés à la cabane. Quelle joie de godiller léger à la tombée de la nuit !
L’étape du quatrième jour, revue et corrigée, nous offre notre plus belle journée de ski. Enchaînements de passages techniques, et sommets à la pelle offrant des descentes poudreuses ou transformées, nous sommes comblés. Du haut du vallon de Demandols, nous remontons en direction de la pointe de l’Escaillon. Au fond du cirque, un petit couloir assez raide, monté skis sur le sac et crampons aux pieds, nous permet de déboucher sous le Bolofré (2827 m), que nous gravissons dans la foulée. Là-haut, la vue est toujours aussi grandiose que les jours précédents, mais le vent glacial qui nous accompagne depuis ce matin ne nous incite pas à la contemplation. On redescend dard-dard, pour remonter vers la pointe de l’Escaillon (2740 m). La pente raide est chargée et croûtée, les barres en dessous de nous interdisent la chute, la vigilance est maximale. La cime de Pal (2818 m) est ensuite juste derrière. Arrivée au refuge dans l’après-midi : on y accède en grimpant à la fenêtre de l’étage, seule ouverture déneigée ! A l’intérieur l’espace réduit est parfaitement optimisé, et le poêle dans le coin de la cuisine n’échappe à personne, reste à casser du bois… Chacun s’active vers les corvées devenues traditionnelles : déneiger l’entrée, déneiger les fenêtres pour profiter des derniers rayons de soleil, aller chercher l’eau, parfois très loin… Sauf qu’aujourd’hui tout ceci se déroule dans un parfait décor de western, et on ne serait pas surpris de voir surgir une garnison du Fort Carra, sommet parfaitement parallélépipédique qui nous domine.

Retour à la civilisation
L’après-midi du cinquième jour, en arrivant au gîte non gardé de Bousieyas, sur la route de la Bonette, plus haute route d’Europe, nous croisons nos premiers semblables, venus randonner à la journée. Les seules traces rencontrées depuis le Mounier étaient celles de loups, qui ont fait leur réapparition dans le Mercantour en 1992. Ici les quantités de neige sont impressionnantes cette année : plusieurs mètres à la descente du col du Colombart. Qui a dit qu’il n’y avait jamais de neige dans le Mercantour ? !

Le lendemain, nous remontons vers le camp des Fourches, ancienne défense militaire stratégique de la frontière. D’innombrables trous nous font penser à des champs de mines : rien à voir, il s’agit simplement de dolines, phénomène géologique d’effondrement par dissolution du gypse conduisant à la formation de ces cuvettes. Nous sortons du massif avec le premier jour de mauvais temps depuis notre départ : un retour d’est comme on en a l’habitude par ici. Tempête de vent dans le Salso Moreno, passages nuageux menaçants, suivis de trouées de ciel bleu. Les humeurs climatiques et les gobelets (sans pastis ici !) abondants dans ce secteur, nous incitent à jouer la prudence : nous empruntons le raide Pas de la Cavale, skis sur le sac et crampons aux pieds, au lieu du passage initialement prévu par la Tête de l’Enchastraye. Dommage !
La descente sur Larche, poste frontière toujours actif en 2003, est synonyme de longues traversées. Accueillis au gîte GTA par de sympathiques gardiens boulimiques de voyages, notre retour à la civilisation commence par un décrassage en règle à la douche. Ensuite le raid continuera pour la plupart jusqu’à Briançon…