[Trans-alpina vélo… la suite !] – #2 – De l’Italie à la France, puis à la mer !

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La Grande Bleue à Menton

01/10/2018 - Du col de Larche à Borgo San Dalmazzo - 69 km - D+ = 500 m

Il a plu toute la nuit, et ce matin, le brouillard enveloppe la tente. C’est bien bouché. On pensait quitter la route pour une piste d’altitude très difficile depuis Larche, mais il faut se rendre à l’évidence, les conditions ne permettent pas de s’aventurer en montagne. Et il fait FROID !

Alors on prend la direction du col, par une petite route puis un chouette chemin muletier, dans une ambiance de brumes assez magique.

Au col de Larche (1996 m), qui marque la frontière avec l’Italie, on imaginait rencontrer une forte présence des forces de l’ordre, des contrôles renforcés, en raison de la crise migratoire, mais il n’en est rien. Personne. Le col est totalement désert.

Dans la descente, le soleil revient durant quelques heures, mais le froid reste mordant. Les petits villages colorés ressurgissent, signe que l’on se rapproche du « Sud » !

A Demonte, alors que la pluie s’abat sur nous, on s’arrête dans un restaurant au menu du jour alléchant et … économiquement imbattable : 10 € pour une entrée de raviolis « verts » faits maison, suivie de polenta-sanglier, délicieux. Pour nous expliquer le menu, la patronne nous indique que nous mangeons du « porque de la forestière » ! Un menu digne d’un refuge de montagne, pas de doute, les italiens savent cuisiner !

Après notre pause chaleur au restau’, il nous faut bien ressortir. La pluie va s’intensifier toute la descente, et il fait de plus en plus froid. Sous la grêle, près de Beguda, nous nous arrêtons en quatrième vitesse sous l’auvent d’un hangar, que nous distinguons à peine sous l’orage. Quelques minutes après, quelqu’un ouvre une porte derrière nous et nous invite à nous mettre à l’abri à l’intérieur, et là : oh surprise ! Après un dédale de cuves et de couloirs, nous atterrissons dans une brasserie ! Il s’agit de la brasserie traditionnelle ANIMA, dont la devise nous amuse :

« La qualité, c’est un logarithme de passion.
Q = log(P)
 »
🙂

Comme on a bien compris le message, on repart avec le plein de bières dans les sacoches !

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Alooooors, qu’est-ce que je vais bien prendre… Y’a le temps de choisir, la pluie redouble d’intensité dehors !

On arrive en fin de journée à Borgo San Dalamazzo, congelés, sous une pluie battante et ne sachant pas vraiment comment envisager la suite. Le plan initial était de monter au col de Tende et de camper, mais là, avec ce temps… On doit vraiment avoir l’air paumé sous la pluie, dans la rue, car une dame vient vers nous pour savoir si nous avons besoin d’aide. On lui répond qu’on cherche éventuellement un endroit pour dormir, alors ni une ni deux, elle nous emmène chez une copine qui fait Bed&Breakfast, quelques rues plus loin. C’est ainsi que nous arrivons à la Villa Rina, dégoulinant dans le hall d’une véritable maison de poupées, à la façade ancienne rose saumon, et au décor « girly » : senteurs fleuries, tons de roses, de verts, de mauves et de gris veloutés, tenue par une délicate italienne (russe ?) blonde aux yeux bleus, totalement assortie au décor de sa maison !

Bon : nous, basiques, on regarde surtout qu’il y ait une bonne douche chaude et une petite cuisine pour notre dîner, afin d’éviter de ressortir sous la pluie !!!

02/10/2018 - De Borgo San Dalmazzo à Sospel - 95 km - D+ = 2060 m

Tu m’étonnes qu’il faisait froid ! Ce matin, le ciel est dégagé, grand bleu à l’horizon, on découvre alors que les cimes sont toutes enneigées !

C’est parti pour la montée du col de Tende (1870 m). Les températures sont bien négatives jusqu’à Limone, et en ce début du mois d’octobre, nous n’avons pas encore l’habitude du froid mordant au petit matin. Ensuite le soleil fait son apparition et nous réchauffe progressivement. Que c’est bon ! L’arrivée au col est splendide, avec la neige qui saupoudre les sommets. Et pas que les sommets, car elle est bien présente sur la piste, la rendant un peu glissante.

On bascule alors en France, par l’une de nos plus belles pistes alpines parcourues, via la baisse de Peyrafique, sous la vallée des Merveilles et le mont Bégo. La neige ne nous ayant pas permis de passer par le massif du Marguareis (itinéraire initialement prévu bien que moins roulant !), cette seconde option est également de toute beauté. C’est probablement ici, en Roya, que l’on rencontre les plus belles pistes de montagne – du territoire français – adaptées à la pratique du cyclo de montagne (ou du gravel, ça fait plus moderne !).

La descente de la vallée de la Roya passe sous l’impressionnant village perché du Saorge :

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Puis l’actualité nous rattrape. La présence militaire augmente progressivement, alors que nous approchons de la frontière et du village de Libre (un nom comme ça, ça ne s’invente pas !).

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C’est dans cette vallée que transitent les migrants depuis 2015. C’est ici que les habitants de la Roya, qui les croisent tous les jours, se sont organisés, ont cherché des solutions face à cet afflux de réfugiés (femmes, enfants, mineurs isolés…), des solutions que l’Etat français ne leur apportait pas. C’est ici que chacun fait comme il peut pour éviter les drames (comme à Briançon d’ailleurs), pour que nos montagnes en hiver, ne deviennent pas des cimetières. C’est pas loin d’ici que vit Cédric Herrou, agriculteur-paysan fortement médiatisé pour son aide auprès des migrants , tour à tour condamné pour « délit de solidarité », réhabilité par le Conseil Constitutionnel sur le principe de Solidarité et de Fraternité, et finalement ovationné au Festival de Cannes pour le film « Libre » récompensé en 2018…

Les patrouilles sont omniprésentes, notamment à Breil/Roya où, tandis que nous faisons le plein d’eau, nous voyions subitement débouler en courant les militaires armés qui grimpent dans les ruelles sinueuses, situation ne semblant déstabiliser personne ici. Banalité du quotidien, sans doute. Nous croisons le bus blanc de la Police aux Frontières, garé à demeure à Fanghetto : les hommes déambulent dehors, armes au poing.

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On a l’impression d’entrer en France et d’en sortir, tous les quart d’heure !

La Roya est une bizarrerie géographique, héritée de savants découpages de frontières, depuis 1860 jusqu’au traité de Paris en 1947, qui en fixe les limites actuelles : l’embouchure en Méditerranée de cette vallée française, n’est pas en territoire français, mais en Italie. Il en résulte que pour rejoindre la France, lorsqu’on descend la vallée, il faut inévitablement passer par l’Italie.

Pour notre part, après quelques kilomètres italiens, nous remontons vers Piène Haute (village côté français : oui on peut vite s’y perdre !). Et là, on n’y comprend plus rien, voilà qu’une présence suisse se manifeste 😉 ! :

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Déjà que le découpage des frontières n’est pas évident en Roya, si en plus la Suisse vient mettre son grain de sel !!!

Tandis que le soleil se couche, nous trouvons un bel espace de bivouac sous les oliviers, près d’une petite chapelle difficilement accessible au bout d’une mauvaise piste. Alors que la nuit noire est bien installée, et que nous terminons de ranger les affaires pour le lendemain, nous entendons des voix résonner dans ce petit vallon sauvage, qui est, depuis plusieurs années, l’un des principaux axes migratoires vers la France.

Mais en fait, il l’a toujours été : ce secteur de la Roya, par sa faible altitude, était bien connu des migrants de toute sorte, et a notamment vu transiter nombre d’italiens fuyant le fascisme, puis plus tard de juifs tentant d’échapper aux nazis.

Ce soir, perdus dans nos pensées, migrants volontaires sur nos vélos, nous trouvons difficilement le sommeil : on peut avoir des positions bien tranchées sur la crise migratoire mondiale actuelle, lorsqu’on est bien au chaud dans son canapé. On peut se répéter en boucle, pour se rassurer, que « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » , que les solutions ne sont pas en Europe, mais là-bas, chez eux. On peut choisir de ne pas chercher à comprendre la complexité économique, environnementale, politique des migrations, et de fermer les yeux. On doit certainement arriver à le faire quand on est loin, quand on n’est pas concerné directement, finalement: mais il en va tout autrement lorsque des êtres humains, dans le dénuement complet, fuyant les innombrables guerres actuelles, passent sur votre terrain, sous vos fenêtres, et croisent un jour votre quotidien…

03/10/2018 - De Sospel à Menton - 33 km - D+ = 510 m

Ce matin nous partons à la nuit et à la frontale, afin de pouvoir prendre le train, puis les bus qui vont nous ramener à la maison, dans le Vercors… tout en ayant le temps de passer quelques heures à la mer !

Dans la nuit, peu avant Sospel, au check-point de Saint-Gervais (un des passages autorisés entre la France et l’Italie), des patrouilles de gendarmes barrent à nouveau la route, qui vient de la frontière avec l’Italie. Une herse est levée interdisant le passage aux véhicules. Mais pas aux vélos. L’ambiance est bon enfant malgré l’attirail de défense avec lequel nous ne sommes pas familiers, et qui fini par devenir oppressant. Quelques blagues avec les gendarmes, et ils nous font même remarquer que nous ne sommes pas en vélo électrique, que c’est rare, et que « c’est TOP, ça ». Contraste saisissant entre la présence armée, et la bonhomie ambiante.

Après Sospel, nous commençons à sentir l’air marin au loin, l’atmosphère se réchauffe. Et c’est par une superbe piste que nous arrivons directement à Sainte-Agnès, puis dans le centre de Menton, en ayant croisé très peu de véhicules ! Une arrivée sauvage inégalable, sur cette côte d’Azur pourtant surpeuplée.

 

Et maintenant, direction la mer pour quelques heures !

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Notre retour à la maison en pratique :

  • train Menton – Nice : environ 1 train toutes les 30 min, présence d’un wagon vélo. Attention, nous n’avons pas trouvé de sanitaires ouverts à la gare. Sur le quai, tout est condamné avec des cadenas, impossible de faire le plein d’eau. Pour cause de migrants. Si, si, c’est pas une blague : des fois qu’il vienne à l’idée d’un sans-papier assoiffé de remplir sa bouteille, ou même pire, de se donner un coup d’eau sur le visage, ou de piquer un rouleau de PQ, qui sait… ;
  • bus Nice – Digne (via Grasse, Castellane). Lignes Express Régionales , qui n’ont rien d’express en raison des multiples arrêts, mais en dépit de la lenteur, les vélos sont acceptés ! ;
  • bus Digne – Grenoble (via Sisteron). Idem, même ligne, après changement speed à la gare de Digne.

Itinéraire-bis 😉 du Vercors à la Côte-d’Azur, par les montagnes :

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  • 4 jours (si le mauvais temps et la neige ne s’invitent pas !)
  • 452 km de Lans-en-Vercors à Menton
  • 7500 m de D+

2 réflexions sur “[Trans-alpina vélo… la suite !] – #2 – De l’Italie à la France, puis à la mer !

  1. Contente que cela te rappelle de bons souvenirs ! En effet, du Vercors, en passant par le Trièves, puis le Gapençais, l’Ubaye et le Mercantour, on traverse de très beaux paysages, et on a fait quelques rencontres amusantes ! On a ressenti le même dépaysement que lorsqu’on voyage plus loin à vélo, dans d’autres massifs montagneux : comme quoi, le « dépaysement » c’est un peu dans le tête aussi !

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