A travers la zone soumise à autorisation du Spiti

… où l’on expérimente le départ à vélo suivi d’un mémorable faux-départ, où l’on pédale avec des copains, où l’on monte, monte, monte sous une chaleur écrasante, où l’on apprécie un lac en plein désert de pierres…

Du 4 au 9 juillet 2016

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Nako

Lundi 4 juillet 2016
Reckong Peo (2300 m) – Molang ( 2300 m)
D+ : 300 m – 33 km

Ce matin, c’est le grand départ à vélo ! Titouan veut absolument partir directement sur son vélo, mais on arrive à le convaincre que pour ses premiers tours de roues en Inde et la descente de Reckong Peo vers la vallée, assez circulante, il vaut mieux être accroché au tandem, via le Follow-Me. Néanmoins, cette configuration un peu nouvelle pour Ariane nécessite quelques heures de prise en main, et la foule qui observe notre départ ne facilite pas un démarrage serein ! La pression est totale ! Pas question de faire un « splash »  à 3 dans la rue centrale ! Stéphane et Jessica se sont postés un peu en aval de la rue pour prendre des photos de notre départ (eux vont rester à Reckong Peo une journée supplémentaire pour faire leurs permis).

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Départ devant « Ridang Hotel », avec Jessica, ou plutôt… « Faux-Départ » !!

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Premier jour de « Triplette » au départ de Reckong Peo

Mais ce n’est pas notre triplette qui fera le spectacle : c’est Seb et sa carriole. A peine franchit le portail de la petite cour de l’hôtel, il tombe lourdement 20 m plus bas sur la route principale. Son guidon n’a pas répondu au changement de direction ! Le tube plongeur de la potence, changé avant le départ, et testé sans chargement, ne se bloque plus à présent. Après divers tours de clés inefficaces, dans une foule qui se densifie, nous retournons à l’hôtel. On rêvait d’un départ rapide et discret, le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est complètement raté ! Après plusieurs aller-retours dans différentes échoppes, Seb parvient à faire bricoler son tube plongeur. Nous sommes fins prêts, mais il est … 11h30… Jessica et Stéphane nous souhaitent à nouveau bonne route, et en profitent pour récupérer notre chambre « nettoyée » (pourtant dans le restaurant de l’hôtel, un écriteau indique « Most hygienic rooms also available » : peut-être n’avons-nous pas été très explicite !).

Cet après midi nous remontons la vallée de la Sutlej, dont la Spiti, que nous allons ensuite remonter pendant plusieurs est un affluent. Nous faisons un arrêt à Akpa, afin de goûter (chapati + crême à tartiner au chocolat que nous avons dans nos sacoches). Nous emportons des chapatis. On nous les amène bien emballés, mais comme Titouan a encore faim au moment de reprendre nos vélos, nous ouvrons l’emballage, constitué de… papier journal ! Le recyclage, c’est génial, mais là, à l’instant présent, l’encre du journal qui à imprimé nos chapati des nouvelles du monde en indi, et bien, le recyclage, on le maudit un peu !

Le prochain arrêt se fait quelques kilomètres plus loin, au poste de contrôle de police d’Akpa, où nous devons présenter nos permis. L’accueil des policiers et de l’armée est particulièrement chaleureux. Ceci va se vérifier chaque jour, en effet, dans cette zone frontière avec la Chine, la présence militaire est très visible. Mais à chaque fois nous serons traités avec beaucoup de sympathie et de respect. En attendant, le garde nous offre de pignons de pin.
Ce soir nous dormons à Moolang. De la rive droite que nous remontons depuis plusieurs heures, nous avons enfin aperçu en rive gauche un petit hameau, et quelques terrasses avec des vergers. Les sites de « camping » se comptent sur les doigts d’une main, alors nous ne réfléchissons pas davantage : un pont permet de traverser les eaux tumultueuses de la Sutlej, et après quelques poussages nous arrivons sur les terrasses verdoyantes où sont cultivées des arbres fruitiers, et notamment des pommiers. On nous autorise à planter la tente sous les arbres, puis la jeunesse du pays vient nous tenir compagnie un petit moment. Les p’tits jeunes seraient ravis de nous faire découvrir l’alcool de pommes, mais nous souhaitons avant tout passer une soirée sereine, et après notre journée bien remplie et riche en rebondissements, nous préférons décliner l’invitation !

Mardi 5 juillet
Molang (2300 m) – Pooh (2700 m)
D+ = 450 m – 34 km

Nous arrivons à être prêts assez rapidement ce matin pour partir aux alentours de 9h00. Mais qu’est-ce qu’il fait déjà chaud : c’est en sueur et dégoulinants à grosses gouttes que nous plions nos affaires et la tente… D’ailleurs, cette nuit, les duvets ont uniquement servi de matelas, car nous dormons en simple T-shirt à manches courtes. Nous poursuivons notre remontée de la vallée, la chaleur écrasante nous surprend. Nous nous arrêtons au village de Spillow pour manger momos, chapatis, chowmins et thalis excellents. Et qui voyons nous s’arrêter également : nos deux cyclos suisses ! Nous terminons le repas avec eux. Tandis qu’un jeune joue de la guitare dans un coin du dhaba, Adélie de son côté joue de la flûte : elle a commencé une semaine avant notre départ, mais commence à très bien maîtriser un certain nombre de petits airs de chansons enfantines.

Nous reprenons nos vélos, il fait toujours aussi chaud… La route alterne des portions goudronnées avec des portions de piste rugueuse. Cette route est un chantier continue, avec un va-et-vient incessant d’engins de chantiers, et de semi-remorques bleus que nous commençons à bien connaitre. Les véhicules militaires sont également omniprésents, la frontière avec la Chine étant de plus en plus proche. Nous nous arrêtons au niveau d’une cascade, dans laquelle un camion-citerne fait le plein d’eau. Puis c’est au tour d’une pelle mécanique de déblayer les prémices d’un glissement de terrain. Bref, après une rapide lessive nous quittons les lieux qui n’ont plus rien de bucoliques avec la poussière et les chantiers. Et là, qui avons-nous le plaisir de voir arriver : les cyclos suisses ! Nous repartons avec eux, afin de terminer cette étape ce soir ensemble. Gaspard est super content, il pédale loin devant avec eux, et n’est pas obligé de nous attendre, notamment Titouan, qui fait tomber notre moyenne d’avancement ! Quelques kilomètres plus loin, c’est un embouteillage qui nous fait stopper. La route est bloquée. Alors, après avoir jeté un coup d’oeil au versants qui nous dominent (et qui sont comme toujours peu rassurants en termes de stabilité), nous sortons le goûter (chapatis que nous avons fait faire la veille, crême au chocolat…) et tout le monde s’assoie au milieu de la route en attendant de pouvoir repartir.

Au moment où les véhicules repartent, nous apercevons au loin un cyclo tout seul, qui arrive à grande vitesse et nous rattrape, et il s’agit non pas d’un cyclo, mais bien d’une cyclo : Mélissa, jeune américaine sur les routes himalayennes, et qui voyage très légère, sans tente ni réchaud.

Après un moment de discussion, elle nous apprend qu’elle connait Shirine, que nous avions rencontré l’an dernier en Amérique du Sud, et qu’elle est de la même région qu’elle (Ontario), le monde est petit !! D’ailleurs, le soir, elle lui enverra un petit message et Shirine nous répondra ! Nous terminons l’étape avec eux.. enfin presque : car pour nous, les 200 m de dénivelées nécessaires pour atteindre Pooh sur les hauteurs, nous prennent un peu plus de temps ! Pourtant, Mélissa nous prend même des bagages ! Lorsque nous arrivons, ils nous ont réservé une chambre dans le premier hôtel « Om Guest House » à droite. Nous avons une bonne douche bien chaude, puis un excellent repas pour terminer cette journée bien sympa tous ensemble !

Mercredi 6 juillet
Pooh (2700 m) – Ka (2950 m)
D+ = 550 m – 26 km

Après un petit déj composé de mangues, nous descendons de Pooh tous ensemble. Gaspard est ravi, il pensait que les amis étaient partis plus tôt. Mais malheureusement, arrivés à la route principale, il faut nous séparer : nous avançons bien plus lentement qu’eux ! Nous les laissons filer tous les 3, car ils dormiront à Nako, tandis que nous attaquons la « terrible » montée de Ka, où nous dormirons ce soir. En effet, c’est raide, il faut chaud, et les versants instables ne nous incitent pas aux pauses pourtant nécessaires…

C’est bien entamés que nous arrivons à Ka. Nous rencontrons un premier militaire qui nous laisse entendre qu’on ne peut pas planter la tente. Mais d’autre militaires arrivent et nous expliquent qu’une fois terminés les exercices de tirs en contrebas du hameau, ils vont partir et nous pourront nous installer dans l’ancienne école abandonnée (qui sert de cantine aux militaires dans la journée). Nous attendons à l’ombre d’un monastère en construction : quelques femmes viennent nous offrir des abricots et des petites prunes extrêmement sucrés. Enfin, nous pouvons aller planter la tente entre deux petits bâtiments.

Quelques hommes semblent habiter l’un deux. Ils arrivent après le départ de militaires et repartent tôt le matin. Il feront la cuisine sur un feu à même le sol le sol, puis chanterons pendant un petit moment le soir, avant que tout le monde s’endorme. Au petit matin, un âne vient braire à moins d’un mètre de tente, nous faisons tous un bond sur nos matelas !

Jeudi 7 et vendredi 8 juillet
Ka (2950 m) – Nako (3650 m)
D+ = 750 m – 18 km

Nous poursuivons notre montée vers Nako. Que dire de cette étape : rien ! Si ce n’est qu’elle nous permet de nous acclimater, mais au prix de montées bien costaudes, assorties d’une chaleur écrasante, et toujours ces versants raides qui menacent de s’écrouler à chaque instant… Mais malgré tout, nous préférons être à vélo, plutôt que parcourir ces gorges en voiture ou camion ! Les précipices sont vertigineux, et les croisements de véhicules plutôt scabreux.

Nous arrivons à Nako avec grand bonheur : le village entoure un petit lac naturel, qui même s’il est aménagé, permet de créer une véritable oasis de fraîcheur : végétation, oiseaux, bruit de l’eau s’écoulant, nous oublions instantanément notre cuisson au soleil des heures précédentes !
Nous restons le lendemain à Nako, afin de nous reposer et de profiter du petit lac. Gaspard a testé des pâtes à la sauce tomate dans le petit restaurant de l’hôtel, afin de changer des thalis : mais elles ressortent instantanément au bout de quelques heures ! Mais notre Gaspard est en forme tout de même le lendemain pour notre journée de repos ! Morale de l’histoire : ne jamais faire dans l’original en terme d’alimentation en voyage. Rester dans le classique et local fraîchement cuisiné, i.e. ici, des momos, des thalis, des chowmins…

Samedi 9 juillet
Nako (3650 m) – Hurling (3150 m)
D+ = 400 m – 45 km

Il nous faut remonter près de 200 m de dénivelée, bien raide sur la fin, afin de pouvoir basculer – au niveau du glissement du Malling slide – dans une descente de près de 900 m de dénivelée, très appréciée par tous. Adélie et Titouan testent une nouvelle manière d’utiliser le petit vélo : ils dévalent la descente (enfin plutôt le bas de la descente, car comme toujours, les route du Spiti sont un peu exposées, et la chute est TOTALEMENT interdite, ils doivent donc attendre que les versants s’adoucissent !) : Adélie est au guidon tandis que Titouan s’installe sur le cadre avec un petit coussin, les pieds calés sur les  attaches du Folllow-Me !

Nous nous arrêtons dans le petit village sans âme de Chango, faisant office de garage et carrosserie du coin. Mais ce que nous mangeons dans le petit restau crasseux du bord de la route est excellent ! Nous repartons pour une étape peu roulante jusqu’à Sumdo, et assez stressante sous des zones de blasting (pétardage pourpurger la montagne des blocs instables). Sumdo sert de poste de contrôle de la zone frontière avec la Chine. C’est une vaste base militaire, et ce n’est pas là que nous allons pouvoir passer la nuit… On nous assure (ce qui sera le cas) que la route ne monte pas et est revêtue jusqu’à Hurling. Nous poursuivons donc avec le coucher du soleil sur une dizaine de kilomètres. Dans ce petit hameau, nous demandons à planter la tente, et c’est dans le jardin d’un bâtiment de l’état de l’Himachal Pradesh, qu’on nous conduit. L’emplacement pour camper est idéal (premier portail bleu à gauche à l’entrée du village). Il y a des fleurs partout, et nous avons « l’eau courante » au moyen d’une pompe à main juste à côté de la tente.

5 réflexions sur “A travers la zone soumise à autorisation du Spiti

  1. J’ai laissé 2 commentaires sous vos photos. Au risque de me répéter, merci pour votre récit…j’aimerais en lire d’avantage! Est-ce que vos enfants réussissent à communiquer avec le jeunes locaux?
    La bouffe semble vous causer des soucis…j’imagine que les fruits et légumes sont plutôt rares? Évidemment, lorsqu’on décide de visiter les Indes, il faut accepter de sortir complètement de sa zone de confort!
    Une douche à l’eau chaude, est-ce accessible? 😉
    Dans quel ordre de difficulté classifieriez vous vos défis? Le dénivelé; La chaleur; L’état des routes; L’hygiène; La bouffe; Le bivouac; Le trafic; L’accueil; La vie familiale; La communication avec la population; L’intimité; Le météo; La sécurité sur la route; Les rencontres non souhaitables; Approvisionnement en eau potable; L’accès Wifi;
    Est-ce qu’il pleut parfois? Les nuits sont froides?
    J’ai un gros sourire en pensant à votre rencontre d’une amie de Shirine! La planète est minuscule! En passant, l’Ontario, c’est une Province du Canada!
    J’ai déjà hâte à votre prochain article!
    Pierre

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    • Bonjour Pierre ! Mille excuse de ne pas avoir pu répondre à tes messages sympas depuis tout ce temps. Nous n’avons une connexion internet normale que depuis aujourd’hui, et nous avons eu une toute petite connexion possible depuis 2 jours , ça fait peu en presque 1,5 mois ! Télécharger les photos des articles a pris plusieurs heures ces derniers jours !!! Nous essaierons de te répondre au plus vite ! Les TSAGA

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  2. Pingback: A la rencontre du 14ème Dalaï-Lama – TSAGA

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